Lettre d'une mère aux spécialistes

Publié le par Val

Ce coup de colère date de fin 2006, ma fille est, aujourd'hui, adulte. Je relis aujourd'hui mes colères de l'époque et souhaitais les partager.

Lettre d’une mère aux spécialistes

Aux spécialistes de la pensée( surtout celle des autres), aux spécialistes de l'enseignement, aux spécialistes des lois ;

spécialistes des mots ( scolarisation à la place d’ intégration parce que déscolarisation fait plus « propre » que désintégration), aux spécialistes de la rééducation, aux spécialistes de la santé, à l'Elysée, aux ministères, aux institutions et à tout leurs spécialistes dans la réponse aux courriers bref à tous les gardiens du savoir et du pouvoir j'adresse cette lettre.



Encore une fois je crie ma colère :



« Bonjour , madame pourrais-je parler au professeur X »

Réponse :Est-ce que vous –êtes médecin ?



- non, je ne suis qu'une mère qui ne revendique aucune spécialité, même pas celle de l'éducation ».





Je suis une mère et parce que justement je ne m'estime spécialiste en rien, je me questionne, je me remets en cause, je me renseigne, je demande conseil , chaque jour pour faire au mieux pour chacun de mes deux enfants .



Pour mon fils d'abord, lorsque l'on me propose son passage en CP avec un an d'avance.

Ne sera-t-il pas en souffrance ?

A-t-il suffisamment de maturité,

Continuera-t-il à aller à l'école avec le sourire ?



Voici quelques une de mes interrogations.

Mais là, surprenant ! pas de remise en cause de mon rôle de mère

quoique, s'il est réellement un enfant précoce ….. jusqu'à quand ?



Pour ma fille ensuite de 16 ans « scolarisée » en 3ème UPI à la rentrée , après quel parcours et pas seulement scolaire ….



Elle aussi se questionne



Maman si j'ai une maladie est-ce que je vais mourir ?

Maman j'aimerai être normale .

Maman pourquoi mon frère et vous n'êtes pas comme moi ? j'aimerai tant que vous me ressembliez .

Maman est-ce que je pourrai avoir des enfants et me marier?



Toutes les grandes questions sur la vie et la mort que peut se poser un enfant ou un adolescent quelconque.



Alors comment lui répondre sans la stigmatiser , sans lui mentir, non plus pour qu'elle garde sa confiance ?

Comment tenir la route en tant que parents et rester cohérents ?

Comment s'entourer de spécialistes de confiance qui vont vous

épauler , avoir un regard extérieur, vous renforcer, vous aider pour le mieux de votre enfant, sans à un moment donner tomber dans le piège du jugement « mère en souffrance, mère fusionnelle, deuil de l'enfant idéal … »( les mères ont souvent bon dos quand ils ne savent pas ).



Comment faire en sorte qu'un de ces spécialistes du haut de son savoir ne substitue pas à vous, parce qu'il vous arrive de douter ?



Quelle est la place du parent d'enfant en situation de handicap , face à tous ces gens ?



Voici la dérive : Un enfant en situation de handicap n'a plus de famille, il est un handicap, une maladie ou un dossier, qu'il faut traiter sans tenir compte du père, de la mère , des frères et soeurs, de la famille élargie, il a davantage besoin de soignants et d’éducateurs.





Sa famille se résume à d'autres handicaps, maladies, qu'il faut balayer, normaliser, soi-nier.



Le mieux pour lui serait peut-être de l'enfermer dans un établissement, où il pourrait vivre sa vie librement ( très drôle) au milieu de gens comme lui, entouré de professionnels et cela……… pour son épanouissement .



Je suis furieuse d’entendre ce type de discours. Une fois la stupeur passée, je suis furieuse !!!

Je devrais être blindée, depuis le temps que je me frotte aux spécialistes.

Mais voilà , je suis fragile, ma capacité à être parent pour cet enfant là ( pas pour son frère) a été tellement remise en cause.

A maintes reprises, j’ai été jugée, de différentes façons

bien sûr, qui la plupart du temps se contredisaient d'un spécialiste à l'autre, voir même d’un rendez vous à l’autre. Mais l’idée était la même :





« Vous ne savez pas ce qui est le mieux pour votre enfant, vous l’aimez trop ou mal. Soyez raisonnable.

Nous, nous sommes des spécialistes, nous avons du recul .Nous avons réfléchi et nous savons mieux que vous. Nous n'avons pas besoin de nous renseigner , de demander des conseils à d'autres spécialistes d'autres spécialités , parce que nous savons .



Mais cette fois, dans un sursaut de résistance je pose une dernière question :



« Mais mon enfant lui qu'en pense t-il ? »….

Réponse « Il n'est pas d'accord , mais ce n'est pas le problème? »



Expliquez moi un peu pourquoi trop de spécialistes ne se posent jamais de questions même devant leur incohérence.



Quand l'accompagnement pour le bonheur et l'épanouissement devient substitution de pensée, de décision, d'agir, de se déplacer, d'autonomie…au nom de bien être et de liberté ( lesquels) contre l'avis du plus grand nombre et pas seulement de l'individu et sa famille.



Enfermer, isoler pour permettre de s'épanouir . Très intéressant comme démarche et surtout … tellement économique : « Et une orientation par défaut …une ( de plus) ! « Dossier suivant ! »

Messieurs les spécialistes……… se questionner, se remettre en cause, écouter, reconnaître ses erreurs, peut être déstabilisant, fragilisant , c'est évident , pourtant certains d’entre vous le font.



L'empathie ne s'apprend pas sur les bancs d'université, je l'ai maintes fois constaté, mais qu'il est doux de la rencontrer, elle est le signe que derrière le titre pompeux on a toujours affaire à un être humain.

On en revient finalement toujours à la même constatation, nos enfants sont privés de leurs droits , négligés, insultés par toutes ces promesses non tenues, ces affirmations sans savoir et ces démonstrations de mauvaise foi .

Quand donc cessera-t-on de leur et de nous mentir ?

Quand, enfin, sommes nous sensés ne plus entendre qu’il faut trois ans pour l’application d’une loi qui a déjà un an et demi.

Trois ans, pour permettre aux mentalités d’évoluer.

Mais au fait , lesquelles ?

Il est vrai que qu’au niveau institutionnel, faire bouger les choses en trois ans, ne va pas être simple. Pour l’instant nous, les usagers , assistons à un dialogue de « sourds » entre une tête ( l’Etat) qui crie : « mentalités » et ses bras qui répondent : « moyens ».

Une question d’usager maintenant « A-t-on seulement imaginé demander aux automobilistes d’attendre que les mentalités aient changées pour sanctionner au delà de 0.5g d’alcool dans le sang ?

Une constatation d’usager pour finir : « La sanction aurait une action sur le processus d’évolution culturelle ? »

Je ne suis pas spécialiste de la santé mais il me semble que quand les bras ne répondent plus à la tête ou quand la tête n’est pas très claire dans ses directives, paralysie ou mouvements désordonnés ne peuvent que survenir.



Publié dans Coup de colère

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